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Dans un village israélien, Juifs et Arabes apprennent à
vivre ensemble
12/11/2000
A Newe Shalom-Wahat Al Salam, 40
familles éduquent leurs enfants à une cohabitation de qualité.
Témoignage à Genève.
Elle s’appelle Evi
Guggenheim Shbeta. Née en Suisse, elle a émigré en 1975 en
Israël. Elle a épousé un Palestinien et est mère de trois
filles. Il s’appelle Anwar Dawod. Il est né en Galilée. Elle
juive, lui musulman, tous deux sont citoyens isréliens. Ils
représentent deux familles parmi les 40 qui ont fait le choix
de vivre ensemble dans un village pas comme les autres, situé
entre Jérusalem et Tel Aviv.
Pour eux, la formation
des enfants à une cohabitation de qualité est primordiale. En
Israël, l’éducation des Arabes et des Juifs est presque
totalement séparée, même dans les villes mixtes. Au jardin
d’enfants de leur village de pionniers, les petits commencent
déjà à apprendre l’arabe et l’hébreu. A l’école primaire, deux
enseignants poursuivent, dans les deux langues, les cours de
maths, d’histoire ou de géographie. Aujourd’hui, la grande
majorité des élèves viennent de l’extérieur. L’Etat israélien
a accordé une reconnaisance officielle à l’école en 1993 mais
ne subventionne quelques élèves que depuis cette année. Une
Ecole pour la Paix fonctionne également depuis des années sous
formes de séminaires organisées dans plusieurs universités
israéliennes. Elle a développé une pédagogie de rencontre
entre groupes en conflits : Isréliens et Palestiniens
(d’Israël ou des Territoires occupés et autonomes), religieux
et laïcs, des journalistes et des enseignants des deux
groupes, etc.
Invités la semaine dernière à Lausanne
par la Fondation Education et Développement, ils parleront
encore ce soir à Genève* de leur expérience. Si leur discours
est indéniablement porteur d’espoir - parce que des choses se
font pour qu’un jour la guerre des pierres et la diplomatie
hypocrite cessent -, ils ne donnent vraiment pas dans
l’angélisme. « Newe Shalom-Wahat Al Salam » signifie « source
de paix » en hébreu et en arabe. « Ces derniers temps, ce
serait plutôt oasis de paix, précise d’emblée Evi Guggenheim
Shbeta. Je peux vous assurer que quand la peur règne des deux
côtés, il n’y a plus vraiment de place pour la discussion. »
Et pourtant. Les appels de la part d’enseignants de toute la
région ont afflué vers les responsables scolaires du village :
« Aidez-nous. Comment peut-on expliquer la violence actuelle à
nos élèves ? »
Pour les instituteurs, vouloir dépasser
l’idéologie d’un Etat est une chose. Mais ça se complique
lorqu’il s’agit de dispenser un enseignement équilibré, tenant
compte de deux versions de l’histoire, sur des territoires aux
contours mouvants et où les noms diffèrent selon les cartes
arabes ou israéliennes. « Nous voulons que des acteurs de
l’histoire, Palestiniens et Juifs, viennent parler à nos
élèves. Les versions sont diamétralement opposés mais les
enfants grandissent au moins avec les deux histoires dans la
tête », explique Anwar Dawod, lui-même enseignant et
aujourd’hui maire de son village. Les mathématiques sont un
bon exemple de la gymnastique mentale qui attend les élèves
bilingues : l’hébreu s’écrit de gauche à droite, l’arabe de
droite à gauche, et les chiffres sont différents ! « A
l’extérieur du village, les jeunes Arabes qui pourront faire
des études supérieures étudient tout de suite les maths en
hébreu. Ils savent que les meilleurs manuels sont dans cette
langue », précise Anwar Dawod.
En Israël, un million
de citoyens (sur six millions) sont Palestiniens, ou
Israélo-arabes selon les vocables. Cette minorité parle
d’abord l’arabe, puis l’hébreu, et enfin un peu l’anglais. La
majorité, elle, parle d’abord l’hébreu, puis l’anglais pour
presque tous, le français parfois et enfin l’arabe… assez
rarement.
InfoSud/Fabrice Boulé
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